En mai 2018, Youtube Originals diffusait Cobra Kaï, une série télévisée, suite directe du film Karaté Kid réalisé par John G. Avildsen en 1984, reprenant les deux acteurs antagonistes de l’époque. Et ce fut une agréable surprise qui va donc se prolonger avec la très attendue saison 3 diffusée sur Netflix ce 1er janvier 2021 (on en avait besoin).

Si, en première lecture, la série avait tout d’un énième projet vénal capitalisant sur la nostalgie des années 80, je gardais un bon souvenir des diffusions télé de mon enfance. Ma curiosité étant piquée, je regardais donc les deux premiers épisodes. Une heure plus tard, je prenais mon abonnement pour pouvoir découvrir la suite. Cobra Kaï est loin d’être parfaite, mais sacrément addictive..

Bassinant mon entourage depuis plus d’un an avec le show, le rachat et la diffusion massive offerte par Netflix l’a depuis popularisé.

Car oui : je kiffais déjà Cobra Kaï avant que ce soit cool. #HipsterJal

Mais qu’est-ce que cela raconte ?

Plus de trente ans après les événements du premier Karaté Kid, Johnny Lawrence (William Zabka), ex-bad guy du film, est un loser vivotant de petits boulots et picolant tant qu’il peut ; en face, Daniel LaRusso (Ralph Macchio), ex-good guy, est un aisé concessionnaire du coin vivant la parfaite vie bourgeoise avec sa famille. 

Un accident de voiture, un jeune latino harcelé au lycée, le fils de Johnny devenu délinquant et une envie de revanche sur la vie vont amener notre anti-héros à rouvrir le dojo mythique de Cobra Kaï. Or, Daniel Larusso ne l’entend pas de cette oreille. 

Les plaies non refermées de cette ancienne rivalité vont alors déteindre sur la nouvelle génération de karatékas en herbes.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

La série de films Karaté Kid fait partie des sagas emblématiques des années 80. Succès commercial en salle, les suites sont rapidement mis en chantier, et sortiront Karaté Kid 2 : le moment de vérité en 1986, puis Karaté Kid 3 en 1989, et enfin son pendant féminin : Miss Karaté Kid en 1994. De toutes ces productions, seul Noriyuki « Pat » Morita, intérprete de M. Miyagi, en sera le fil conducteur et le cœur de la saga.

A noter que je n’évoquerai pas ici la (réussie) version de 2010, celle-ci ne s’inscrivant pas dans la mythologie qui nous intéresse ici.

Si les films sont restés dans les mémoires de leurs contemporains, l’Histoire du cinéma les a rangé aux côtés de ces franchises légèrement datées de l’époque.

Sweep The Leg, Johnny !

Outre donc notre fameuse mode des 80’s, ce retour inattendu prend racine en 2007 avec le clip Sweep The Leg du groupe No More Kings réalisé tout simplement par William Zabka en personne.

L’acteur-réalisateur se confond déjà avec son personnage futur dépeint comme un loser vivant dans le passé dans sa caravane avec la même vieille bande potes et retournant littéralement dans le film de 1984 pour prendre sa revanche.

Déjà onze avant le lancement de la production de Cobra Kaï, les thèmes sont tous là (d’autant plus que les caméos sont nombreux et préfigurent leurs retours dans la série).

Je vous laisse découvrir le clip ci-dessous :

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Comment je l’ai rencontré.

Pour ce revival, on ne peut aussi citer la série à succès How I Met Your Mother qui rendra un hommage appuyé au film original en avril 2013.

Faisant apparaître William Zabka et Ralph Macchio encore dans leurs propres rôles, le personnage de Barney défendant cette théorie à la mode expliquant que Daniel LaRusso est en réalité le vrai méchant du film.

A ce sujet, une très sympathique vidéo produite par Netflix sortie en septembre dernier fait intervenir les deux acteurs pour en débattre :

D’aujourd’hui à maintenant.

Bref, la sympathie et la bonne volonté du couple d’acteur, plus la mode ressuscitant les franchises des années 80, la production de la série démarre en août 2017 pour un lancement en mai 2018.

Peu attendue, la série étonne les critiques et le public qui apprécie sa fraîcheur, son honnêteté et sa bienveillance. La saison 2 est commandée pour sortir en avril 2019.

Si la troisième saison est tournée tout aussi rapidement, sa diffusion initialement prévue pour 2020 est repoussée, notamment suite au rachat par Netflix qui annonce donc la sortie de cette très attendue saison pour le 8 janvier 2021, la saison 4 étant, quant à elle, en cours de production à cette heure.

On peut aussi faire un détour vers l’adaptation vidéoludique Cobra Kai: The Karate Kid Saga Continues sorti en octobre 2020 qui reprend les personnages de la série dans un Beat’em All sympatoche.

Découvrir le test du jeu vidéo accompagné d’un fort agréable accent québécois :

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Bwalors, pourquoi c’est bien Cobra Kaï ?

Comme je vous l’ai dit, cela fait des mois que je bassine mon entourage avec cette série. Maintenant qu’elle est disponible pour le plus grand nombre via Netflix, ces mêmes personnes reviennent vers moi, les étoiles plein les yeux, m’expliquant que “Ah ouais, mais c’est trop ouf en vrai”. 

Avant de passer aux points d’analyse, voici quelques arguments qui, je l’espère, vous donneront envie de vous lancer sans divulgâcher le truc.

C’est pas chronophage.

Une saison de Cobra Kaï, c’est 10 épisodes d’une durée de 27 minutes. Et, à cette heure, il y a deux saisons de disponibles donc rien qui ne vous engage dans un rattrapage trop lourd.

D’autant plus qu’à l’inverse de pas mal de productions Netflix, la première qualité de la série est l’efficacité de sa narration : la série est là pour faire le taf et elle le fait bien.

Bien entendu, cette qualité est aussi à double tranchant : une fois le visionnage terminé, on se languit de l’arrivée de la fameuse troisième saison. Moi, ça fait un an que ça dure. Imaginez la frustration.

Encore un revival des années 80 certes, mais…

… Un revival qui ne capitalise pas uniquement sur la nostalgie. On est bien d’accord, la série le fait, hein, mais elle a le mérite de ne pas s’y complaire. 

Si l’histoire reprend avec ses anciens personnages adultes marqués par leur confrontation passée, ces derniers vivent dans leur époque et ont une vie entre-temps. 

Ça te prend pas pour un débile.

Certes, on n’est pas là pour parler concepts lacaniens adaptés au monde du karaté, mais pour une série qui parle de sport, elle se sert efficacement du genre pour explorer les zones de gris. 

Nous ne sommes plus en 1984 où le gentil Daniel affrontait le méchant Johnny. Les temps ont changé, les relations se font plus complexes, obligeant le spectateur à bouger constamment son curseur de jugement moral selon l’évolution de l’intrigue portée par les choix des personnages le plus souvent déterminés par des contextes externes. 

Il n’y a pas vraiment de méchant dans Cobra Kaï (enfin, surtout en saison 1), juste des personnes qui prennent des décisions dabs le contexte qui leur est propre.

D’ailleurs, on sent bien que les scénaristes s’amusent avec nous, tout en faisant ostentatoirement passé le message de la série, limite démago : rien n’est tout blanc ou tout noir. Et la grande réussite de la série, c’est que ça fonctionne.

Ta télénovela du dimanche après-midi avec coups de pieds retournés dans la face.

La série a un sérieux côté soap : et vas-y que ça se tourne autour, et vas-y que ça se chamaille, et vas-y que ça se rabiboche, on sort un personnage du placard afin de relancer l’intrigue… Cobra Kaï use et abuse de fils narratifs vus et revus, ça se voir et pourtant on en redemande. 

Parce que, ce que l’on vous propose là, c’est tout simplement du bon travail d’artisan. La série ne cherche pas à révolutionner ni genre ni le format série : son boulot c’est de te proposer du travail propre, à hauteur humaine, qui sent bon le cahier des charges rempli avec soin, le respect des outils et des matériaux constituant toute œuvre honnête comme il se doit.

Du coup, elle n’a aucun défaut cette série ?

Bien sûr qu’elle en a !

Un peu. 

J’ai personnellement un peu de mal avec le casting de certains acteurs de la nouvelle génération, je les trouve trop proprets, bien maquillés, coiffés, manucurés, l’œil vif, alors que certains personnages sont censés vivre dans une précarité qui, je pense, doit être assez loin d’un look sorti d’une pub pour shampoing. Rien de vraiment dommageable, mais ça a pu me faire sortir de la série une fois ou deux.

La musique est pas ouf aussi. D’ailleurs je n’en garde aucun souvenir précis. Elle fait le taf donc, mais le genre film de sport ouvre un boulevard pour composer quelques thèmes cool et faire monter la pression.

Exception faite de reprise de morceaux des années 80 tout à fait recommandables, comme celle du titre Cruel Summer en fin de saison 2.

Pareil, la réalisation fait son travail, mais elle se situe pile sur la moyenne.

Enfin la temporalité générale est pas super maîtrisée aussi, on ne sait jamais trop si un jour ou une semaine se sont passés entre deux rebondissements. 

Conclusion.

Véritable surprise des créations de plateformes de streaming sur laquelle personne n’aurait parié, Cobra Kaï doit tout à ses trois qualités : l’honnêteté, la bienveillance et le karaté décomplexé.

Vous devez avoir bien compris comme je me languis de cette troisième saison depuis plus d’un an et je croise les doigts pour que la série garde sa fraicheur tout en nous prodiguant des rebondissements télénovelesques dont elle a le secret.

Strike first, strike hard, plein de mercis.

Julien De La Jal
Grand reporter.

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