Précédemment dans le journal du confinement de l’Amazing Bicoque :

Jal raconte à ses enfants comment il a été en colocation avec une poule nommée Henriette. 

Si tout se passait bien au début, le comportement de l’animal est de plus en plus déroutant.

Ainsi, entre quatre et cinq heures, tous les matins, Henriette faisait résonner sa plus belle voix dans tous les murs de l’appartement. L’expérience acquise m’avait appris que le seul moyen de détourner l’attention du volatile était de lui fournir du navet en quantité. L’addiction de la poule pour le légume était une bénédiction.

Mais mes nerfs étaient en train de lâcher. Devoir expliquer à son patron que l’on est en retard car il a fallu s’approvisionner en navets tôt le matin pour calmer sa poule, passe au mieux pour le propos d’un doux-dingue, au pire comme du sexisme à l’état pur.

L’environnement toxique au sein duquel j’évoluais pesa sur mon moral comme sur mon comportement. Ce furent mes amis qui prirent les choses en main, me proposant d’héberger temporairement l’animal chez eux. Avantage au passage : ils possédaient un balcon où le gallinacé pourrait s’esbaudir en toute quiétude.

Je vous épargne le récit de cette première nuit sans Henriette ; la douceur du son du radio-réveil à des heures décentes, regarder sans crainte le bac à navets vide dans le réfrigérateur, ne pas devoir slalomer entre les petites surprises laissées au sol… 

Me remettant lentement de mon traumatisme, je me décidai à ne plus penser au représentant de la basse-cour jusqu’à nouvel ordre.

Et ce “nouvel ordre” arriva moins d’une semaine plus tard, quand ma colocation d’amis me demanda de venir les retrouver. 

***

Je vis tout de suite que quelque chose clochait. Deux d’entre-eux étaient en PLS au fond du canapé, et celui venu m’ouvrir la porte avait des cernes jusqu’aux chevilles.

Nous discutâmes longuement autour de quelques litres de bière tiède. Bien qu’Henriette fut au centre de notre attention, personne n’alla faire un saut au balcon, nous lancions juste de temps à autre des regards inquiets dans cette direction. Et puis, même si ce n’était pas physiquement, elle était bien là, avec nous, gouvernant nos pensées tout comme nos horaires de sommeil.

Nous appelâmes notre réseau afin de savoir si quelqu’un pouvait être intéressé par une poule radio-réveil-très-matinal. Une de nos amie, vivant en milieu rural, nous posa juste une question : étions-nous bien certains qu’il s’agisse d’une poule ?

La révélation fut terrible pour nous tous ! Mais bien entendu ! Le cocorico aux aurores, l’absence évidente d’oeufs frais, cette crête farouche et ce regard fier qui fait trembler les basses-cours depuis toujours… Nous n’avions pas acheté une petite poulette, mais bien un terrible coq gaulois !

Nous passâmes la nuit à deviser sur la question, cherchant donc une solution, au moins théorique, au problème. Je barrai d’ailleurs “Poule au pot” dans mon carnet à idées, pour le remplacer par “Coq au vin”, suivi d’un point d’interrogation.

De fatigue éthylique, et afin de faire corps avec la colocation, je dormis sur le canapé cette nuit-là. En toute logique, Henriette le coq me réveilla au lever du jour. Quelques navets plus tard, je réussis à me rendormir quelques heures avant de partir entamer ma journée de travail.

En sortant, traversant l’avenue passante en bas de l’appartement, j’entendis soudain un cocorico retentir. Henriette était hors de vue. Je n’oublierai jamais cette image de la tête curieuse des passants cherchant du regard l’origine de ce bruit peu citadin.

***

Henriette connut de nombreuses aventures avant que nous ne nous en séparions. Elle fut de tous les événements mondains ou publics, passa d’appartement en appartement, se balada même quelquefois dans la rue. Nul ne vit à Lyon coq si remarquable depuis.

Elle partit un jour rejoindre la ferme ardéchoise d’un producteur de bière artisanale. Aux dernières nouvelles, elle était devenue un superbe coq reproducteur dont le fort caractère marquait les esprits. 

Mais pour nous, elle a surtout marqué notre coeur.

Henriette, le premier jour, avec votre serviteur. Janvier 2010.

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A suivre – Jour 22 !

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