Le texte qui suit est une traduction du journal en ligne de Nesquik Archibald Connor découvert sur le réseau social FacePoute. Les propos ci-dessous n’engagent que son auteur. Merci de votre compréhension.

Vendredi :

En cette fin d’après-midi, après un long voyage de trois minutes, je suis enfin déposé par mon humain-nourricier dans l’enclos extérieur. Je respire, je commençais vraiment à étouffer avec l’autre dingo galopant toute la journée sous ma cage. Je n’allais quand même pas tenir deux semaines dans cette ambiance !

Ce déménagement tombe à pic : le temps est magnifique. Je prends le temps de savourer mon endive pendant que les derniers rayons du soleil traversent les branches mordorées. Le grand arbre n’en est qu’à son bourgeonnement, mais bientôt ses feuilles protectrices protégeront la résidence du soleil de l’après-midi comme des larmes du ciel. 

Bien entendu, tout n’est pas qu’une partie de plaisir : la dernière fois que j’ai mis les pattes dans le lieu, c’était en compagnie de Nestea, mon frère disparu cet automne. Si l’hiver a pu atténuer son souvenir, me retrouver ici ravive la douleur. Pas facile cet exil.

Regardant les futaies, je machone, pensif. Après tout, depuis cette disparition, je suis le dernier de mon espèce.

Samedi :

Il faut s’occuper ! Je fais le tour de l’enclos où tout semble en ordre : les feuilles mortes ont été ramassées, et la terre, battue. Après avoir vérifié que la quantité adéquate de nourriture a été déposé, je pars dormir quelques heures dans ma cabane.

Dimanche :

Nouvelle vérification de l’enclos au matin, rien n’a bougé. Petite inquiétude toutefois : si les granulés sont présents, je n’ai pas reçu l’endive de 11h30.

Par précaution, j’applique immédiatement un ouikage que je renouvelle toutes les dix minutes. 

Dimanche – plus tard dans la journée : L’humain est venu apporter du foin frais, j’en profite pour lui demander ce qu’il en est de la suite, notamment en tant que dernier représentant cochon d’Inde de la planète. Je suis sidéré d’apprendre que je ne suis pas seul. Je monte une pétition pour qu’une consoeur me rejoigne au plus vite, que je signe promptement. Cette cause fait ainsi un grand poute en avant.

Lundi :

La crise de l’endive bat son plein. Malgré le ton rassurant de l’humain, j’ai bien constaté une diminution d’au moins 30% des quantités journalières, avant leur probable disparition.

Je préfère toutefois habiter ici : l’ambiance à l’étage doit être en train de se dégrader à toute vitesse. Si je comprends les revendications du lapin, je suis heureux d’être loin d’éventuels débordements. 

Afin de lui faire part de mon soutien, je décide de ouiker au grillage à 20h, j’espère qu’il entendra et saura apprécier le geste.

Mardi :

La courbe de l’endive s’est aplanie, je suis maintenant livré à heures régulières. Par contre, je ne manque de remarquer que leur qualité laisse quelque peu à désirer.  Mais je décide de prendre sur moi, le confinement comporte de nature son lot de privations. 

Mais lesdites privations me donnent des idées : après une story sur Patatagram, je décide de lancer mon journal de confinement, afin de témoigner de cette expérience. L’époque que nous traversons doit être documentée un maximum !

Une fois ce service rendu à la société, je reprends mon endive entamée, profitant des derniers rayons de soleil printanier qui colorent le coin de l’enclos. La solitude, l’isolement, oui, mais ne sommes-nous pas en train de vivre un moment unique, presque libérateur ? 

Autrefois, je me trouvais coincé entre les barreaux d’une cage qui me semblait être tout ce que pouvait m’offrir le monde. Maintenant, libéré de ces contingences, mon conatus prend forme nouvelle.

Toutes à ces réflexions, une partie de moi espère que l’endive de 20h sera livrée et de meilleure qualité.

Mercredi :

L’humain a mis en place une réunion afin que nous puissions échanger sur les sujets brûlants de l’Amazing Bicoque. Et croyez-moi, ils vont brûler sévère au moment où j’apprends que l’arrivée de ma congénère est compromise, les espaces proposant ce service n’étant pas reconnus comme service essentiel à la nation !

Mais à quoi pensent-ils ? Ils laissent les marchés alimentaires et les tabacs ouverts, mais le moindre achat de cochon d’Inde n’est pas considéré comme vital ? Si je comprends bien le principe de confinement et les règles de sécurité, il est bon de savoir que si nous étions en Suisse, il serait purement et simplement interdit de me laisser ainsi isolé. Animal grégaire, ils connaissent ce concept, là-haut ? Pauvre Bicoque…

Cette réunion n’en finit pas de ne pas porter ses fruits, avec le lapin qui commence à se rebeller contre ses conditions de vie. J’ai envie de lui expliquer que je tiens justement un blog en soutien, mais vu les difficultés pour communiquer avec l’animal peu éduqué, je préfère ne rien dire. 

De retour fourbu, je m’installe sur un coin de foin frais afin de méditer sur ce magnifique printemps. J’attends 20h pour le ouikage qui ne se fera pas sans une certaine émotion. Rien que d’y penser, il en aurait presque une larme à l”oeil. 

Jeudi :

J’ai passé une partie de la journée sur les réseaux sociaux. Jamais je n’avais été aussi actif depuis mon soutien à la campagne de Benoît Hamon en 2017.

Cela me met un peu en retard sur l’écriture de ce journal. La gestion du temps est une chose étonnamment complexe en période de confinement : il s’étire dans son essence puis mis à l’épreuve par notre existence. Nul ne se précède, temps objectif et subjectif se mêlent pour créer le temps du confinement.

Je repose mon clavier satisfait en mâchant une graine, il n’y a pas à tergiverser, j’envoie grave de la fougère intellectuellement.

En seulement quelques jours, j’ai vu de nombreuses injustices, dysfonctionnements, erreurs auquel je ne peux rester insensible. Je continuerai le combat, à observer, conceptualiser, témoigner et partager de ma résidence secondaire !

A suivre – Jour 5 : Le vote !


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